
Cette année, l’association a décidé d’imiter les codes des sites pour adultes pour prévenir les jeunes des dangers de la pornographie. Des affiches ont aussi été installées dans les stations de métros parisiennes.
Plus de la moitié des jeunes (60%) sont exposés à la pornographie avant l’âge de 15 ans. Une statistique qui a fait réagir le Sidaction. Mardi 26 novembre, l’association a en effet lancé sa campagne 2025 en créant un faux site pornographique, Sidaxxxion. Ce dernier parodie tous les codes des plateformes pour adulte notamment sur la première page où la fameuse question «avez-vous plus de 18 ans ?» est posée. «On demandait ça comme ça. Cette fois, si vous n’avez pas plus de 18 ans, c’est fait pour vous», prévient l’association en dessous de l’interrogation.
Le site reprend tous les éléments d’une vraie plateforme pornographique : des publicités clignotantes au logo trash en passant par les titres provocateurs. Dans la vidéo intitulée : «Une beurette sexy me chauffe dans la cuisine», on peut apercevoir une femme en petite tenue en train de cuisiner, puis un acteur apparaît se met face à la caméra et explique : «Ce que vous voyez dans ce genre de vidéo, ce n’est pas ce que vous croyez. Dans la pornographie, on peut voir des fantasmes qui s’inspirent des stéréotypes graves». «On montre des corps musclés, des organes surdimensionnés, des peaux totalement épilées et ça n’est pas du tout la réalité», prévient un autre acteur dans une autre vidéo intitulée : «Jeune BG bien monté fait un live ultra-bouillant». Pour toucher un maximum de personnes, l’association a publié ses vidéos sur YouTube.
«La pornographie à laquelle les jeunes ont accès montre un modèle de sexualité axé sur la performance, une sexualité sans relationnel autre que sexuel et souvent dénué de toute expression relative au consentement», a regretté la directrice du Sidaction, Florence Thune, dans un communiqué disponible sur le site de l’association. La fausse plateforme permet ainsi de sensibiliser sur le «consentement », mais aussi d’évoquer le «respect de soi», «l’orientation sexuelle » et la «prévention avec l’utilisation des préservatifs », a-t-elle expliqué, mercredi, au micro de Franceinfo.
«Les jeunes sont mal informés sur la sexualité» a-t-elle continué. «Ils font face à des images qu’ils n’arrivent pas vraiment à décrypter», alors que «ces films pornographiques véhiculent un certain nombre de clichés qu’on souhaite combattre», a conclu Florence Thune. La plupart des jeunes (75%) auraient en effet souhaité être «mieux informés et accompagnés dans le début de leur vie sexuelle», relève une étude IFOP pour le Sidaction.
Prévenir les parents
L’association cherche aussi à sensibiliser les parents. «Vous préférez que votre ado s’informe grâce à des adultes ou grâce à des films pour adultes ?», peut-on lire sur des affiches de prévention dans les stations de métro parisiennes. «Ce que les ados n’osent pas demander à papa ou maman, ils le demandent aux “STEP DADS” (Beau-père en français, NDLR) ou aux “MILFS”», écrit encore le Sidaction sur ses affiches. Cette catégorie qui peut se traduire par «une mère de famille sexuellement attirante» est le second mot-clé le plus recherché en 2023, selon le site Pornhub, cité par le Journal du Geek .
L’association fait aussi référence à l’actuel projet de loi sur l’éducation sexuelle à l’école combattu par des organisations conservatrices : «“Éducation à la sexualité” à l’école, ça vous fait peur ? Et “Pornographie” après l’école». Les codes des sites les plus connus sont aussi repris avec cette affiche remerciant «Jacques et Michelle, professeurs formés à enseigner le consentement à l’école», une phrase référence au célèbre site pour adultes «Jacquie et Michel ».
«Pour répondre à cet enjeu public majeur, l’école doit jouer un rôle de digue protectrice en offrant aux jeunes un socle de connaissances communes, adaptées à l’âge, tout au long de leur scolarité», écrit l’association. «Cela permet de protéger les enfants et les adolescents tout au long de leur vie», alors que le «VIH est toujours là», rappelle la directrice au micro de Franceinfo. Elle a aussi indiqué que «moins de 20%» des élèves ont eu accès aux trois séances d’éducation sexuelle par ans. Des cours pourtant obligatoires depuis 2001.